Un petit bidon bleu au pied d’une gouttière. Pour la plupart d’entre nous, c’est encore tout ce qu’évoque la récupération d’eau de pluie.
Nicolas Kokel avait aussi cette idée reçue avant de découvrir qu’on pouvait tout faire grâce à l’eau de pluie ! Ancien logisticien, il s’est reconverti après la sécheresse de 2023 en créant l’entreprise NiKo Pluie spécialisée dans l’installation de systèmes complets de récupération d’eau de pluie, du dimensionnement jusqu’à la mise en service.
Dans certaines régions, les coupures d’eau et les restrictions préfectorales l’été sont déjà une matérialisation concrète du réchauffement climatique. Ce contexte amène de plus en plus de personnes à s’intéresser à la récupération d’eau de pluie.
J’ai donc demandé à Nicolas de m’expliquer ce qu’il faut comprendre sur le sujet avant de se lancer !
Première question à se poser : pour quoi faire ?
Nicolas est catégorique là-dessus : tout découle du besoin !
La taille de la cuve, le niveau de filtration, les obligations légales, le budget… Rien ne peut être décidé tant que vous n’avez pas répondu à cette question. Se précipiter sur l’achat de la cuve avant de définir votre usage, c’est le meilleur moyen de surinvestir ou de se retrouver avec un système mal dimensionné.
Or, les usages possibles couvrent un spectre très large ! À une extrémité, il y a la collecte pour l’arrosage du jardin. Cela ne demande quasiment aucun effort : une cuve plastique en surface suffit. À l’inverse, l’eau potable au robinet implique une cuve enterrée, une chaîne de filtration complète et des analyses en laboratoire.
Entre les deux, on trouve :
- les toilettes, le lavage des sols, des véhicules et des outils agricoles qui ne nécessitent pas d’eau potable ;
- le lave-linge nécessite de l’eau de qualité A+ (sans bactérie) ;
- et la douche et le lave-vaisselle qui nécessitent de l’eau potable.

Ce que la loi dit sur tout ça
L’arrêté du 12 juillet 2024 : ce qui est autorisé
Contrairement aux idées reçues, boire de l’eau de pluie est parfaitement légal.
Mais la source n’est pas imposée : vous pouvez parfaitement produire votre propre eau potable à partir d’eau de pluie, d’une mare ou d’un ruisseau, à condition de respecter les critères définis par le ministère de la Santé.
Produire de l’eau potable pour soi est légal. La produire pour des tiers, c’est une autre affaire !
Dès que vous fournissez de l’eau à des personnes extérieures à votre foyer, vous endossez alors une responsabilité sanitaire très lourde. Si vous gérez, par exemple, un gîte ou une chambre d’hôtes, l’installation d’un système de récupération et de potabilisation d’eau de pluie nécessite un accompagnement spécifique.
Les trois obligations légales à connaître
La séparation des réseaux.
L’objectif est d’éviter toute contamination du réseau collectif. On pourra, par exemple, noter qu’un clapet antiretour ne suffit pas : la séparation entre le réseau public et votre circuit d’eau de pluie doit être physique, avec une garde d’air réelle pour éviter les contacts.
La déclaration en mairie.
Cette déclaration permet à la collectivité de calculer correctement la redevance d’assainissement, basée sur les volumes d’eau entrant dans votre foyer, eau de pluie comprise.
La qualité de l’eau selon l’usage.
Pour le lave-linge, la réglementation exige une eau catégorie A+ (sans bactéries), avec des analyses obligatoires. Pour tout usage corporel ou alimentaire, l’eau doit répondre aux critères de potabilité, vérifiés par un laboratoire agréé. Le test coûte environ 120 € et doit être réalisé à la mise en service et au 3/4 de la durée de vie des filtres.
Comment dimensionner l’installation ?
Partir de sa consommation réelle
La facture d’eau est votre meilleure référence. La moyenne nationale s’établit à 146 litres par personne et par jour.
Évidemment, plusieurs actions peuvent vous aider à réduire votre consommation et donc le dimensionnement de la cuve. Par exemple :
- Passer en toilettes sèches supprime d’emblée un cinquième des besoins en eau.
- Installer des mousseurs économiseurs sur les robinets coûte quelques euros et réduit la consommation sans aucun impact sur le confort ressenti.
Il est également possible d’imaginer des usages différents entre l’été et l’hiver. En hiver, l’eau de pluie alimente les toilettes. En été, elle est utilisée en priorité au jardin ou pour le remplissage d’une piscine naturelle. Chaque usage couvert est un pas concret vers moins de dépendance au réseau, sans avoir à tout basculer d’un coup.
Le calcul de la taille de la cuve
La taille de la cuve se calcule en croisant trois données :
- vos besoins ;
- la capacité de collecte de votre toit ;
- la pluviométrie locale.
Nicolas travaille sur des moyennes météo à 40 ans, en intégrant les tendances du GIEC pour anticiper les évolutions climatiques.
Les erreurs de dimensionnement sont fréquentes. C’est pourquoi Nicolas recommande systématiquement une étude préalable (coût d’environ 350 €) avant de s’engager sur une installation qui coûte entre 15 000 et 25 000 €.
Béton ou plastique, et pourquoi l’enterrer ?
Pour un usage domestique quotidien, la cuve doit être enterrée. Sous terre, la température reste stable autour de 10 °C quelle que soit la saison, et l’obscurité limite fortement la prolifération bactérienne. Ce sont deux conditions nécessaires à une bonne conservation de l’eau.
Le matériau compte aussi. Le béton est nécessaire pour les usages alimentaires et corporels parce qu’il neutralise l’acidité naturelle de l’eau de pluie et ramène le pH vers 7. Une cuve béton de 10 m³ coûte environ 3 000 €, mais son transport et sa pose sont plus coûteux qu’une cuve plastique. Les cuves en plastique, plus légères et plus faciles à acheminer, coûtent environ 30 % de plus au litre, mais conviennent très bien pour les toilettes ou l’arrosage.


Les équipements : ce qu’il faut vraiment comprendre
Filtrer avant et dans la cuve
Avant d’entrer dans la cuve, l’eau passe par plusieurs étapes de protection :
- Un dégrilleur (plutôt qu’une crapaudine, qui bouche régulièrement les gouttières) retient feuilles et brindilles.
- Un système anti-remous, simple canne PVC inversée placée dans la cuve, empêche l’eau entrante de remuer les sédiments déposés au fond et maintient l’eau claire.
- Une crépine flottante, fixée à un tuyau souple avec un petit flotteur, fait aspirer la pompe à 10 cm sous la surface, là où l’eau est naturellement la plus propre, entre les particules en suspension et les dépôts du fond.
Les éléments à installer à la sortie de la cuve
L’eau de pluie a mauvaise réputation. On l’imagine polluée, chargée, difficile à traiter. C’est l’inverse. Elle ne traverse que l’atmosphère, là où les pollutions restent bien inférieures à celles des sols. Résultat : pas de résidus médicamenteux, pas de calcaire, beaucoup moins de pesticides qu’une eau souterraine.
C’est un point sur lequel Nicolas insiste, parce que la confusion est fréquente !
Plusieurs élements doivent cependant être installés pour rendre l’eau de pluie propre à la consommation.
Les filtres et traitements
Les filtres sont des barrières mécaniques installées côté refoulement de la pompe, du plus grossier au plus fin :
- Pour les toilettes, 25 microns suffisent.
- Pour le lave-linge, on descend à 5 microns.
- Pour l’eau potable, on utilise l’ultrafiltration à 0,1 micron, en dessous de la taille d’une bactérie.
Ces filtres fins sont jetables et représentent l’essentiel du budget maintenance annuel, soit entre 80 et 240 € selon le niveau de filtration choisi.
En complément le charbon actif attire et retient les composés chimiques indésirables : nitrates, pesticides, chlore, métaux lourds. Il est également possible d’installer des lampes UV qui consomment très peu d’énergie et permettent de réduire la charge microbiologique sans ajout de produits chimiques.
La pompe
Il y a deux grandes familles :
- Les pompes immergées descendent directement dans la cuve. Elles ne font quasiment pas de bruit, ne risquent pas de se désamorcer, et conviennent aux grosses installations.
- Les pompes de surface s’installent dans un local technique à l’abri du gel : plus faciles à entretenir, un peu plus bruyantes (à peine plus qu’un réfrigérateur), mais elles risquent de griller si la cuve se vide à sec. Certains modèles intègrent une protection automatique contre le manque d’eau, les modèles d’entrée de gamme non. C’est un point à vérifier avant l’achat.
Un surpresseur
C’est un ballon sous pression. Il coûte environ 150-200 € et complète l’installation en évitant à la pompe de démarrer à chaque ouverture de robinet. C’est le démarrage répété qui use les pompes, pas la durée de fonctionnement.

Les cas particuliers à connaître :
Est-ce possible de récupérer l’eau de pluie en habitat léger ?
C’est la question que je lui ai posée en dernier, et sa réponse est franche : quand la toiture est trop petite, l’autonomie totale n’est tout simplement pas atteignable. La surface de captage est ici le facteur contraignant ! On peut alors augmenter la surface de captage, en utilisant un bâtiment annexe, un préau ou une ombrière photovoltaïque comme toiture de collecte séparée.
Est-ce que toutes les toitures sont adaptées ?
Il y a quelques cas à exclure :
- Les toitures composées d’amiante ou de plomb.
- Les surfaces accessibles au public (terrasses, parkings).
- Les toits végétalisés qui produisent une eau très difficile à filtrer.
- Les toits plats en bitume qui colorent l’eau d’une teinte jaunâtre que les filtres classique n’arrivent pas à éliminer.
Toutes les toitures en pente classiques (tuiles, ardoises, tôle) conviennent parfaitement.
Deux ressources incontournables pour aller plus loin
Nicolas m’a conseillé de lire :
- Récupérer et utiliser l’eau de pluie, 4e édition, Bertrand Gonthiez : https://www.eyrolles.com/Loisirs/Livre/recuperer-et-utiliser-l-eau-de-pluie-9782416012891/?livre=true
- Collector L’Eau – La Maison Ecologique : https://www.alterrenat-presse.com/presse/1084-collector-l-eau-la-maison-ecologique-3781712700033.html
Sources : interview de Nicolas Kokel, expert en systèmes de récupération d’eau de pluie.

Pour aller plus loin
Qu’est-ce qu’une maison bioclimatique (et pourquoi sont-elles devenues si populaires ?)
Vivre sur un terrain non constructible : ce que la loi autorise pour les habitats alternatifs
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