©EmilieLechevalier

Il installe une tiny house flottante dans le port de Saint-Malo

Le 19 mars 2026, après plusieurs années de chantier participatif, une tiny house flottante de 25 m² a été mise à l’eau sur le port des Sablons à Saint-Malo. 

Porté par Nicolas Bessec et une communauté de 150 bénévoles au sein de l’association Les Merriens, le projet « Villages Flottants » n’est pas seulement une prouesse d’ingénierie, c’est un manifeste pour un mode de vie sobre et low-tech. 

Nicolas a eu un déclic lors d’une navigation de trois semaines en solitaire. « Sur mon bateau, chaque litre d’eau compte, chaque ressource est précieuse. De retour dans mon appartement, j’étais beaucoup moins connecté à la rareté de ces ressources« , confie-t-il. 

C’est ici que naît l’idée du projet : utiliser la contrainte du milieu marin où les ressources sont limitées et donc précieuses comme un moyen d’expérimenter un mode de vie plus sobre. 

Nicolas Bessec entame ensuite un tour du monde des habitats flottants. Des quartiers lacustres des Pays-Bas aux communautés flottantes du Canada et du Danemark, il observe une maturité technique impressionnante. Cela nourrit sa réflexion et lui permet de démarrer la conception de la tiny house flottante. 

1. La construction de la tiny house flottante

Construire une maison est une chose. Construire une maison qui doit supporter les mouvements de la houle, la corrosion saline et l’humidité en est une autre. À l’intérieur, les 25 m² habitables (17 m² au sol et 8 m² en mezzanine) sont un laboratoire de la vie sobre.

La forme hexagonale 

Nicolas a souhaité construire en appliquant des principes de biomimétisme. C’est pourquoi la tiny house flottante a une forme d’alvéole d’abeille. Ce choix présente plusieurs avantages : 

  • À volume égal, cette structure consomme 15 à 20 % de matériaux en moins qu’un cube classique.
  • La forme alvéolaire favorise une circulation d’air homogène et minimise les besoins en chauffage.
  • L’acoustique est excellente à l’intérieur de la maison. 

La plateforme flottante

Les 5,5 tonnes de la tiny house reposent sur une plateforme flottante construite en bois et à partir de flotteurs de catamaran. Les deux flotteurs séparés assurent une meilleure stabilité. Contrairement à un monocoque, la plateforme ne « roule » pas, ce qui permet d’avoir plus de stabilité à bord de la maison.

Un architecte naval a dessiné les flotteurs. Ils sont compartimentés : même en cas de choc ou de voie d’eau dans une section, la structure reste à flot.

la plateforme sur laquelle repose la tiny house flottante
La plateforme flottante sur laquelle repose la tiny house ©EmilieLechevalier

Les matériaux 

Le squelette est en douglas, un bois de classe 3 naturel, indispensable pour résister aux champignons et aux insectes sans traitement chimique lourd. 

Le bardage, quant à lui, est en peuplier THT (Traité Haute Température). Ce procédé de chauffe modifie la structure moléculaire du bois, le rendant hydrophobe et extrêmement léger. Un atout majeur pour les chantiers participatifs où les façades doivent être manipulées à la main.

L’isolation 

  1. de la laine de bois (15 cm) a été utilisée en murs et en toiture pour son excellent déphasage thermique.
  2. de la filasse de chanvre a été mise dans la dalle bois (sous le plancher), car le chanvre est naturellement imputrescible. 

La cuisine

La cuisine ne dispose pas de robinet relié au réseau. L’eau est stockée dans des bonbonnes. Ce choix peut paraître archaïque, mais il est pédagogique : en portant son eau, on en comprend la valeur. On ne laisse plus couler le robinet inutilement quand on sait qu’il faudra remplir la bonbonne. 

Plusieurs objets low-tech complètent cette démarche de sobriété, notamment une marmite norvégienne et un four solaire.

La mutualisation des communs

Le projet s’inspire directement de la philosophie des Hameaux Légers. Plutôt que de vouloir tout intégrer dans 25 m², Nicolas mise sur la mise en commun de certaines pièces.

Dans un port, comme dans un camping ou un écolieu, les sanitaires peuvent être collectifs. « Pourquoi recréer une salle de bain complexe à bord quand le port propose des douches de qualité à 100 mètres ? » interroge Nicolas. 

Néanmoins, une cabine de douche et des toilettes sèches extérieures, réalisées en voiles de bateau recyclées, assurent une autonomie de base en cas de besoin.

2. Comment installer une maison flottante en toute légalité ?

C’est sans doute le défi le plus complexe. En France, il n’existe pas de statut juridique pour les maisons flottantes. Pour les autorités, soit vous êtes une construction terrestre (soumise au code de l’urbanisme), soit vous êtes un navire (soumis au droit maritime).

Obtenir le statut de bateau de plaisance

Pour pouvoir rester sur l’eau, la maison flottante doit être juridiquement considéré comme un bateau. 

Cela implique :

  • un certificat d’enregistrement ;
  • une assurance plaisance spécifique ;
  • le respect des normes de sécurité en mer ;
  • la présence d’un moteur pour garantir la mobilité.

Pour en savoir plus sur l’aspect légal, vous pouvez consulter notre article : Construire une maison flottante : que dit la loi ? Démarches administratives

Nicolas a travaillé en partenariat étroit avec les autorités portuaires. L’idée est de transformer les ports, souvent perçus comme des « parkings à bateaux » sans vie, en véritables quartiers habités et animés.

la tiny house flottante
©EmilieLechevalier

3. Une aventure humaine et collective

Le chantier participatif

Si la mise à l’eau est une réussite technique, elle est surtout l’aboutissement d’une aventure humaine hors norme. Plus de 150 personnes, de tous âges et de tous horizons, se sont relayées pour donner vie à cette structure. 

Nicolas Bessec insiste sur cette dimension : le chantier n’était pas seulement un lieu de fabrication, mais un espace d’apprentissage mutuel. Des novices n’ayant jamais tenu une perceuse ont côtoyé des charpentiers expérimentés, chacun apportant sa pierre à l’édifice dans une logique de transmission et de partage. 

Cette dynamique collective a permis de tester la démontabilité de la maison à trois reprises en un an.

l'équipe de bénévoles de la tiny house flottante

Le budget

  • Coût des matériaux : environ 25 000 € pour la maison et 30 000 € pour la plateforme (les flotteurs sur-mesure représentant une part importante).
  • Main-d’œuvre : 0 € grâce aux chantiers participatifs.
  • Soutien : 10 000 € reçu de la fondation Vents d’Ouest qui a cru en ce projet atypique.

La tiny house flottante est un tiers-lieu mobile

Cette maison flottante n’est pas une résidence privée, mais un « lieu de rencontre et de dialogue ». L’objectif est donc d’animer les ports en proposant un espace modulaire capable d’accueillir des séminaires, des conférences ou des formations low-tech. 

La documentation du chantier et de la vie à bord sera disponible sur le site du projet Villages Flottants.

Conclusion :

Aujourd’hui, la maison flottante de Saint-Malo est un prototype qui permet d’expérimenter un mode de vie alternatif sur l’eau. Mais le projet ne s’arrête pas là ! Nicolas souhaite créer des hameaux légers et flottants dans plusieurs ports. 

La mise à l’eau de cette Tiny House est un signal fort. Elle prouve que nous pouvons concevoir des habitats confortables, esthétiques et extrêmement sobres, tout en respectant les écosystèmes fragiles du littoral. 

En mariant l’expérience des marins à l’ingéniosité des auto-constructeurs low-tech, Nicolas Bessec et l’association Les Merriens ouvrent la voie à de nombreux projets d’habitats flottants.

une grue pose la tiny house flottante sur l'eau
Une grue pose la tiny house sur la plateforme flottante ©EmilieLechevalier

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