Claudie Gagné est une femme très attachée à la terre et à tout ce qu’elle peut offrir. Depuis 19 ans, elle vit de la cueillette de plantes sauvages comestibles qu’elle récolte le long du rivage.

La cueillette de plantes sauvages : une pratique ancestrale oubliée

cueillette de plantes sauvages jardins de la mer

@Céline Fernbach

De nombreuses plantes sauvages sont comestibles, mais plus personne ne les connait.

En 1998, alors qu’elle n’a que 17 ans, elle fait la rencontre de François Brouillard, descendant d’une lignée de commerçants de plantes sauvages. L’homme initie la jeune femme à la cueillette des plantes de la mer et lui dévoile toute la richesse qu’elles représentent.

Claudie a vécu plusieurs années nomade à bord d’un vieux bus scolaire aménagé en deux parties : l’une pour son habitation et l’autre pour son atelier boutique. Ce bus lui sert aujourd’hui de séchoir. La tôle et les vitres captent très bien la chaleur et ne retiennent pas d’humidité en été.

séchoir plantes sauvages

@Céline Fernbach

Bus aménagé canada

@Céline Fernbach

 

La jeune femme connait les plantes par coeur. Son grand-père se soignait avec des plantes médicinales. Elle cueille une douzaine de plantes sauvages comestibles de la mer telles que le plantain de mer, l’épinard de mer ou encore la salicorne. Elle cueille également des plantes sauvages des bois comme le thé du Labrador. Après une bonne journée de cueillette, elle pèse et lave son butin. Les plus belles plantes salines sont vendues fraîches dans sa boutique, sur les marchés, aux brasseries locales ou à des grands restaurants du Québec (la salicorne est particulièrement prisée par les chefs étoilés). 

Sensible à la médecine traditionnelle et à l’herboristerie, Claudie prépare aussi des mélanges de plantes forestières pour des tisanes relaxantes.

La cueillette de plantes sauvages se fait en été et s’arrête au moment des grandes marées de l’automne. La jeune femme profite alors de l’hiver pour voyager et parfaire ses connaissances. Elle s’est par exemple rendue en Bretagne au Centre d’études des algues et au Portugal pour approfondir ses recherches sur la salicorne dans les salines.

cueillette de plantes sauvages

@Céline Fernbach

 

La cueillette de plantes sauvages est en danger

La cueillette de plantes sauvages est aujourd’hui en danger. En effet, la société TransCanada souhaite construire un pipeline qui traverserait le Québec afin d’acheminer le pétrole de l’Ouest canadien vers l’Atlantique pour pouvoir l’exporter. L’oléoduc Énergie Est passerait non loin de la rivière. Cela représente un véritable risque car en cas d’un déversement, c’est tout l’écosystème qui est en danger. Et même si il n’y a pas de déversement, l’accroissement du transport maritime sur le fleuve aurait également un impact négatif. Les navires qui chargent le pétrole pour l’export naviguent autour du monde. Or, il est très fréquent qu’un navire déplace l’eau de ballast utilisée pour optimiser la navigation. Les navires viennent du bout du monde en étant remplis d’eau de mer et doivent vider l’eau au moment de charger le pétrole afin de rééquilibrer. Seulement, ces eaux pompées ailleurs contiennent des contaminants, d’autres espèces de mollusques et de plantes qui ne se trouvent pas dans la région. Et cela a également un impact sur l’écosystème.

La jeune femme lutte activement contre ce projet pétrolier qui mettrait en péril la cueillette de plantes sauvages. Elle est devenue une fervente militante anti-oléoduc. Sur les étiquettes de ces produits, elle note « Ce produit est menacé par le développement pétrolier dans le Saint-Laurent » afin de sensibiliser les clients sur les risques environnementaux que cela représente.

En savoir plus

  • Retrouvez Claudie et en savoir plus sur les dangers du développement pétrolier sur le site Internet des Jardins de la mer
  •  Découvrir les autres reportages de Céline Fernbach

  • Quelques mots sur Céline Fernbach qui réalise la série Autrement :
    Céline Fernbach s’est encroûtée plusieurs années dans le pseudo confort d’une vie salariée en attendant le week end pour se déconnecter de l’enfer de la ville. Elle s’est rendue compte que l’alternatif ne se limite pas à descendre dans la rue, beugler et rentrer confortablement chez soi après avoir essuyé quelques gaz lacrymos. « Je n’arrivais plus à rester bien sagement dans cette petite vie trop tranquille. Il était temps d’aller voir ailleurs, d’apprendre, et de transmettre l’information ». Elle quitte son boulot, son appart, vend sa voiture et donne la plupart de ses fringues et de ses livres. « Il ne me restait que le contenu d’un sac à dos ». À 25 ans, elle venait de prendre sa retraite. « Il n’est pas né le prochain patron qui m’exploitera ». Elle part au Canada sans billet retour. L’idée est simple : à bord d’un van aménagé avec du bois récupéré dans la rue et autonome grâce à l’énergie solaire, elle décide de partir à la rencontre des gens qui ont monté un projet de vie alternatif.